Les dérives qui discréditent la profession

Publié le par Alice

L’affaire Dominique Strauss-Kahn a changé la donne en matière de relai de l’information. Le fait que les faits se soient déroulés aux Etats-Unis y est peut-être pour quelque chose. Qu’il y ait Twitter et d’autres médias instantanés accessibles à tous, a t-il influé la passation d’informations ?

 

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La multiplication des sources, elles-même indeterminées voire douteuses, a alimenté le risque de bâcler la transmission de l’information. Dans ce cas précis, la cocotte minute est difficilement contrôlable. De plus, certaines informations ne sont pas à mettre entre toutes les mains.

 

Les plus aguerris ont saisis comment transmettre l’information. C'est-à-dire de façon neutre et réfléchie, sans en faire de trop et surtout avec une priorité : celle de communiquer une information qui nous concerne tous. Et ce, sans créer de jugement spectaculaire tout droit venu d’une culture manichéenne. Ce n’est pas le cas des médias de masse, tel que TF1 (et bien d’autres chaines et certains médias Internet et papier comme France Soir). Ces derniers diffusent sans pudeur des images que la télévision française n’a, habituellement, pas le droit de diffuser ; faisant foi à la loi d’Elisabeth Guigou – créée le 15 juin 2000, visant à protéger la présomption d’innoncence au sein de la sphère publique - toute simple mais pourtant élémentaire. Nombre de journaux quotidiens pourtant sérieux ont fais fi de cette loi, notamment en publiant des sondages sur l’avis des français sur cette affaire, alors que la procédure judiciaire ne fait que commencer. A l’encontre de celle-ci ; l’argument de Laurence Ferrari est dénué de fond : « ces images dérangeantes (…) nous nous devions de vous les montrer, au nom du droit à l’information. ». A-t-elle seulement conservé une once d’éthique en tant que journaliste ? Il n’a jamais été question de désinformer le citoyen en choisissant de ne pas montrer ce triste dessin de l’accusé. En utilisant son argument à l’inverse, en effet, au nom de l’information, tous bons journalistes n’auraient-ils pas intérêt à se garder de partager ce genre de représentation ? Les nombreuses vidéos diffusées sur le net, de DSK menotté, sont-elles justifiées ? Non pas que le contenu à proprement parlé soit choquant - un homme menotté dans un imper noir et classe n’a pas de quoi soulever les foules - à priori. Néanmoins, au nom des principes de l’éthique journalistique, c’est la porte ouverte à toutes les dérives. Déjà que la toile a du mal à contenir tous ces bloggeurs qui se prétendent journalistes (il n’est pas question ici des bloggeurs humbles, qui analysent l’information en tout bien tout honneur, sans se prétendre journalistes pour autant). C’est aussi accepter que ces internautes à la plume avertie vont se permettre tout et n’importe quoi. Ils pourraient avoir un raisonnement qui consiste à dire que les journalistes ne valent pas mieux qu’eux. Et malheureusement, ils auraient raison, si jamais les journalistes et leurs homologues laissaient faire de tels actes allant à l’encontre de l’éthique. Or, les journalistes ont un métier à part entière, qui ne peut pas se copier sans formation ou expériences.

 

La manière dont les médias français ont donné l’information sur l’affaire DSK bafoue sans vergogne la loi française Guigou et le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. CSA qui n’hésite pourtant pas à punir et censurer certaines phrases prononcées à la télévision ou à la radio. Alors pourquoi, les journalistes de ces médias de masse et le CSA se sont-ils laissés dépassés par les évènements ? Y-a-t-il une excuse au fait de renier la déontologie et la loi, sous prétexte que les faits ne se sont pas passés en France ? Ou alors les médias de masse tel que TF1, de fait qu’ils soient les maitres du monde en terme d’audience et de pouvoir médiatique, ont-ils eu la légitimité lorsqu’il s’agissait de relayer l’information au Journal Télévisé de 20 heures ? En revanche, lorsque le site d’informations Mediapart - composé d’anciens journalistes du papier (Le Monde) dotés d’une éthique à couper au couteau - sort une affaire d’Etat scandaleuse touchant directement le contribuable, à l’aide d’arguments justifiés, des preuves, des informations vérifiées et revérifiées, des sources claires ; c’est là que le gouvernement et autres groupes de presse dépendants d’institutions économiques débordantes de pouvoir, veulent étouffer l’affaire et censurer tout cela sans complexe. Ce halo qui rôde autour du métier de journaliste parait malsain. D’un côté, certains le pratiquent parce que dans le domaine privé cela fait bien de répondre que l’on est journaliste. De l’autre, la profession est étrangement dénigrée. Certes, les informations qui en découlent ne sont pas toujours positives, au contraire, mais sans celle-ci, que serait l’opinion publique, ballotée de discours politiques en discours politiques ou emprise par des mauvaises intentions commerciales ? Pris au sérieux, le journalisme permet de temporiser et d’informer sans concession.

 

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Facebooket Twitter, qui parlent de l’accusation de l’ancien directeur général de Fond Monétaire International (FMI) comme acquise, sont-ils soumis à cette loi qui préserve la présomption d’innocence ? Et d’ailleurs, peut-être faudrait-il entamer un débat posant la question suivante : ces réseaux sociaux en expansion ont-ils le statut de médias ? Cela devient une priorité que personne n’a vu venir. Du moins, la majorité reste pataude sur ce point. Ce pouvoir que détiennent ces réseaux sociaux s’est imposé plus vite que prévu. Or, l’influence impliquée est loin d’être négligeable. Ils ont littéralement mis une claque à la télévision qui avait retranscrit la première audience de l’homme jeudi soir. Et ce, en devançant à la seconde près l’arrivée des informations en France et même internationalement. Comment contenir une telle avancée en matière d’information ? Car il ne s’agit pas là d’incriminer les réseaux sociaux, mais d’expliquer comment s’en servir.

 

 

 

 

Alice Owieczka

Publié dans Actualité

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Thibaut 26/05/2011 12:44



D'accord sur toute la ligne avec le commentaire précédent.



Aldébaran 26/05/2011 12:12



Vous dites que l'utilisation de Twitter risque "de bâcler la transmission de l'information". Je vois mal comment des journalistes compétents, issus de médias américain,français... peuvent bâcler
une information sur Twitter alors qu'ils sont dans la salle d'audience où se trouve DSK.
Vous dites : "ces derniers diffusent sans pudeur des images que la télévision française n'a habituellement, pas le droit de diffuser". C'est faux. La télévision française ne peut pas tourner des
images dans un tribunal français ou étranger mais il n'existe aucune restriction juridique en matière de diffusion.
Vous critiquez le fait que "des journaux, pourtant sérieux" aient publié des sondages concernant l'avis des français sur l'affaire DSK "dont l'instruction ne fait que commencer". Je vois mal ce
qui est dommageable. Le fait que la procédure ne fasse que commencer n'empêche pas les gens d'avoir un avis sur la question. L'intérêt du sondage est simplement de prendre l'avis général sur
l'affaire DSK et pas d'en faire un procès d'intention.
Finalement il n’y pas de problème dans la diffusion des images de DSK. Les images ne parlent pas et n’émettent pas d’avis. Elles montrent simplement un homme suspecté dans une affaire de moeurs.
Le fait qu’il soit menotté fait partie de la procédure et n’a pas été fait exprès pour le faire passer pour un criminel. Les seules personnes qui émettent un jugement sont les gens eux-mêmes à la
vue de ces images. Au nom de quoi ne diffuserions-nous pas ses images ? Parce qu’il ne faut pas que les gens pensent que DSK est coupable ? ou qu’il est victime d’un complot ?
Un raisonnement comme le vôtre, de «tout taire», images et opinions, conduit inévitablement à la censure et à la sanction de la liberté d’expression que vous semblez vous évertuer à défendre.
Enfin, vous dites que «Facebook et Twitter parlent de l’accusation de l’ancien directeur du FMI». Facebook et Twitter ne sont pas des entités morales, ils n’existent pas en tant que personne
propre. Ce sont des réseaux sociaux au sein desquels des gens émettent des avis. Et ce sont eux qui en parlent.
Soutenir la thèse que Facebook et Twitter ne respectent pas la présomption d’innocence revient à dire que la majorité de leurs utilisateurs ne la respectent pas... A ce moment-là, il ne s’agit
plus d’un problème de législation en matière de liberté d’expression sur Internet mais d’un problème d’ordre sociétaire.
Les gens ne sont pas des abrutis. ils savent comment se servir des réseau sociaux. il suffit de suivre des blogueurs, des journalistes qui ont prouvé par le passé que les informations qu’ils
transmettaient étaient fiables et avérées.
Votre article, qui s’apparente plus à un éditorial, se contente de soulever toutes les questions relevant de l’utilisation des réseaux sociaux en matière d’information. Et en aucune façon, de
bout en bout, de proposer une quelconque solution ou même un début de réponse.


 


 


 


 



Alice 26/05/2011 15:43



Salut Rodolphe !


 


Quand je dis "bâcler", je parle d'une phrase de 140 caractères où certains journalistes, même sérieux à priori, sortent des énormités concernant une personne, ils critiquent des personnes connues
des médias. A partir du moment où on s'expose sur la toile, on reste sérieux. On est pas entre potes sur Twitter.


En ce qui concerne la diffusion d'images du procès, ou de DSK sortant menotté :


La diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support, de la reproduction des circonstances d'un crime ou d'un délit, lorsque cette reproduction porte gravement atteinte à la
dignité d'une victime et qu'elle est réalisée sans l'accord de cette dernière, est punie de 100 000 F d'amende.


 


 


Pour les sondages, voici un extrait de la loi Guigou du 15 juin 2000 : (voici le lien)


 


- soit de réaliser, de publier ou de commenter un sondage d'opinion, ou toute autre consultation, portant sur la culpabilité d'une personne mise en cause à l'occasion d'une procédure pénale ou
sur la peine susceptible d'être prononcée à son encontre ;


 


- soit de publier des indications permettant d'avoir accès à des sondages ou consultations visés à l'alinéa précédent.


 


Je pense au contraire que les images parlent d'elles-même. On sous estime l'impact que peut avoir des images dans l'inconscient de l'opinion publique.


 


Je ne veux certainement pas "tout taire", juste prendre garde à ce qui est diffusé dans la presse autant Internet que Papier. Car il y a des lois, & je trouve que la loi guigou est judicieuse
en ce sens.


 


En effet, je reconnais mon erreur sur le fait d'avoir pris Facebook et Twitter pour des personnes, il y a eu un raccourci de fait. Quoi que certains écrivain étaient adeptes de la
personnification !


Et oui, leurs utilisateurs ne respectent pas la présomption d'innocence. On ne peut en effet pas encore parlé de droits ou de devoirs de la toile, car rien n'a été encore avancé pour établir une
législation expliquant comment utiliser judicieusement ces réseaux sociaux. Et malheureusement le e G8 des deux derniers jours (mardi et mercredi 24 et 25 mai 2011) n'a abouti sur rien à ce
sujet.


Je suis d'accord avec toi sur le fait qu'il y a des journalistes et des bloggeurs à suivre sur Twitter. Mais toujours avec prudence.


 


Pour finir, je n'ai pas présenté cet article posté comme un papier. J'ai effectivement écris ce texte comme un édito. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai nommé mon fichier dans mes dossier.


Je ne prétends pas proposer une solution, mais une approche avec des arguments. Je ne pense pas être à même d'apporter des réponses miracles. Je n'en vois pas l'intêret. Si au moins j'ai permis à
des lecteurs d'avoir une réflexion sur le sujet, tant mieux. Je ne m'avance pas comme sachant tout sur tout, et étant capable d'avoir réponse à tout. Je m'appuie juste sur des arguments viables,
qui à mon sens, sont tout à fait légitimes.


Merci d'avoir commenté l'article.