L'interview de Manou des Snobettes

Publié le par Alice

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas les Snobettes :


Romancière et conceptrice-rédactrice, Manou Chintesco est aussi auteure de photos-chroniques intitulées « Les Snobettes ». Ses poupées mannequins font la gueule, fument, boivent, bouffent tout ce qu’elles veulent, sont intelligentes, cultivées et trop belles… Bref. Elles ont des conversations qui transcendent toutes les méchancetés les plus hautaines, que vous auriez pu, ne serait-ce que penser. Rien que ça, c’est glaçant. Voici donc notre entrevue…

 

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Manou, on ne peut pas échapper à cette première question banale mais importante : comment cette aventure a-t-elle débuté ?

 

Mon meilleur ami est le sculpteur, chanteur et poète américain Ryan Wildstar. Il vivait à Paris, mais a dû repartir vivre à Los Angeles car il était sans papiers et ne pouvait rester plus longtemps en France. Il y a deux ans, mon conjoint et moi sommes partis le rejoindre sur un coup de tête, car il nous manquait trop. Nous avons donc passé tout le mois d’août là-bas. Cela m’a permis de revoir de vieilles connaissances, des gens que j’avais rencontrés à l’époque où je travaillais dans la presse musicale (J’ai dirigé un magazine de Rock dans les 90’s : « Yeah ! »). Les gens ont tendance à l’oublier, mais L.A. n’est pas seulement la ville du cinéma, c’est aussi une sacrée scène rock.

Un après-midi, nous étions en train de faire les idiots dans la piscine de star d’une copine. Avec humour noir, ils m’ont demandé ce qu’une parisienne pourrait bien ramener comme souvenir « culturel » de Los Angeles. J’ai répondu : « une Barbie ! ». Voilà ce qui m’a donné l’idée de faire incarner mes Snobettes, non pas par des comédiennes, mais par des poupées mannequins.

 

Elles ne ressemblent pas trop à des Barbies pourtant tes Snobettes …

 

Oui, au départ j’avais pensé utiliser des Barbies. Mais quand j’ai vu leurs têtes, je me suis dit qu’il en était hors de question. Elles ont vraiment l’air trop bête avec leurs sourires niais ! Je suis donc partie à la recherche de poupées mannequins qui faisaient la gueule, qui n’étaient pas forcément blondes, et qui étaient belles et dédaigneuses.

 

Comment tu les as trouvées ?

 

Je me suis bien pris la tête ! C’était un long périple. Ce sont des poupées américaines de collections. Les collectionneurs les gardent en général dans leurs boîtes d’origine et ne les déballent jamais. Je commets un crime de lèse-majesté en les manipulant !

 

Par rapport à Olaf, l’unique homme des Snobettes, quels sont ses rapports avec elles ?

 

Je préfère rester dans le flou quant à Olaf. Nul ne sait s’il est hétéro ou gay, nul ne sait s’il entretient des relations privilégiées avec l’une ou l’autre des Snobettes. C’est un mystère ! (rires).

 

Elles sont faites pour être seules ?

 

Non non, elles ne sont pas faites pour rester seules. En fait, je leur ai attribué trois profils psychologiques bien différents. Pénélope a tous les hommes à ses pieds et s’en moque car elle attend l’homme idéal. Edwige collectionne les galères sentimentales car elle choisit mal ses partenaires. Elle a un ex foireux prénommé Yvan (celui auquel elle offre un canapé en cuir). Agathe est trop nombriliste, trop intello, du coup, elle est en flottement perpétuel avec les hommes. Finalement elle ne s’intéresse peut-être pas suffisamment à eux.

En gros, elles ont trois regards différents sur la façon de gérer leur vie amoureuse, trois façons différentes de ne pas rentrer dans « le moule » et de garder leur indépendance de corps et d’esprit.

 

C'est-à-dire ?

 

En fait, je ne voyais pas l’intérêt de les mettre en scène en « Barbies ». Je n’avais pas envie de qu’elles soient de pauvres midinettes, du genre qui épouse le premier crétin venu, lui fait des enfants et considère cela comme un idéal de réussite sociale. Les Snobettes sont modernes et clairement féministes. D’ailleurs, elles ont une copine qui s’appelle Gudule, archétype de la nana « normale », qu’elles détestent.

 

Que sont les Snobettes alors ?

 

Trois femmes ravissantes, monstrueusement riches, très cultivées et médisantes à l’envi ! (rires).

 

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Il n’y a pas un épisode qui évoque le fait qu’elles ne travaillent pas ?

 

Tu dois faire allusion à l’épisode sur les stocks options. J’y montre la coccinelle Volkswagen (beaucoup de gens oublient que VW signifie « Voiture du peuple » en allemand). Edwige, assise sur le capot de la voiture, dit que pour fêter ses stocks options et son parachute doré, son père lui a offert la voiture du peuple ! Et Agathe répond : « J’adore son sens de l’humour ! ». Edwige est donc à la base une fille à papa, fortunée et sans scrupule.

 

Mais ont-elles un job ?

 

Oui, les Snobettes sont très très actives ! Je dirais qu’Edwige boursicote avec talent, qu’Agathe exerce une profession libérale fort lucrative et que Pénélope a une activité artistique ou littéraire dans laquelle elle excelle.

 

Les Snobettes ont-elles chacune leur créateur de mode préféré, mis à part toi ?

 

Je pense que Pénélope irait volontiers vers Thierry Mugler. Jean-Paul Gauthier serait plutôt le préféré d’Agathe. Et pour Edwige, celui qui lui plairait vraiment, ça serait Christian Lacroix. Ce serait surtout des robes de soirée haute couture. Elles ne se refusent rien ! Plus sérieusement, les vêtements des Snobettes sont des vêtements que je récupère à droite et à gauche. Je recherche des habits de Barbie vintage (avant qu’ils deviennent tous roses), d’anciens vêtements de poupée « Bella » des 70’s et j’achète beaucoup de choses en Thaïlande.

 

À combien s’élève ton investissement, depuis le début ?

 

Je n’en sais rien ! Je suis une chineuse, donc je ne peux pas te donner un chiffre exact. Je chine particulièrement dans les vides greniers à Paris et en province. Je suis aussi une droguée d’Ebay. Par exemple, le superbe lit de Pénélope, je l’ai déniché de cette façon. C’est une pièce très rare qui date de 1967. Mais pour en revenir à mon investissement de base, comprenant les poupées, j’ai dû dépenser environ 1000 €.

 

Elles mangent des hamburgers et j’en passe, elles font comment pour rester minces ?

 

Vu qu’elles sont très belles, intelligentes, qu’elles ont beaucoup d’argent, qu’elles ont tous les hommes à leurs pieds et toutes les qualités de la Terre ; elles n’ont pas non plus besoin de faire du sport pour rester minces ! C’est ça la vraie provocation ! (rires).

 

 

Propos recueillis par Alice.

Publié dans Interview

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